À Nantheuil, aux portes de Thiviers en Dordogne, la manufacture de chaussons Fargeot a ouvert le 12 octobre sa première boutique installée sur son site de production. L’information, relayée par ici Périgord puis par Sud Ouest, revient cette semaine dans Dordogne Libre, qui a suivi une visite des ateliers. Derrière l’anecdote commerciale, ce magasin d’usine raconte surtout une manière de gérer la production d’un atelier de taille modeste.
Plan de l'article
Un atelier d’une vingtaine de personnes et 350 paires par jour #
Selon le reportage d’ici Périgord, une vingtaine de salariés fabriquent environ 350 paires par jour dans les ateliers de Nantheuil. Le site produit les collections Fargeot et Chausse Mouton, que la boutique propose désormais directement sur place, précise Sud Ouest. Dordogne Libre, de son côté, titre sur les 200 000 chaussons produits à l’année qui passent entre les mains d’une même ouvrière, signe qu’à ce niveau de volume certaines étapes restent concentrées sur quelques postes clés.
Le site est dirigé depuis février par Mathieu Vevaud. Lors de la visite rapportée par Dordogne Libre, il a pris plusieurs dizaines de minutes pour expliquer aux visiteurs comment les chaussons sont fabriqués. Ce temps passé à montrer le travail n’est pas anodin : il fait partie du projet.
Le magasin d’usine, une sortie naturelle pour les seconds choix #
Tout atelier qui coud, colle et assemble produit des pièces imparfaites. Une couture légèrement décalée, une teinte un peu différente du lot, une semelle mal centrée : la paire reste portable, mais elle ne peut pas partir chez un distributeur au prix du neuf. Même chose pour les fins de séries et les anciennes collections, qui immobilisent du stock et de la place.
À Nantheuil, ces paires trouvent désormais preneur sur place. D’après ici Périgord, les anciennes collections et les chaussons présentant des défauts de fabrication sont vendus entre 10 et 20 euros. Pour un responsable de production, c’est une façon simple de transformer en chiffre d’affaires ce qui était jusque-là une perte sèche ou un problème de stockage.
L’enjeu n’est pas seulement financier. Quand les seconds choix ont un débouché clair, on peut les trier, les compter et les suivre comme un flux à part entière. Leur volume devient un indicateur : s’il grimpe, c’est que quelque chose dérive en amont, sur une machine, une matière ou un poste. Le magasin d’usine ne remplace pas le contrôle qualité, mais il oblige à regarder ce flux en face.
Des ventes au-dessus des attentes
Quelques jours après l’ouverture, les ventes dépassaient déjà les espérances de l’entreprise, rapporte ici Périgord. À ce rythme, Fargeot table sur 80 000 euros de chiffre d’affaires sur un an pour cette boutique. Rapporté à une activité industrielle, le montant reste modeste. Mais il s’agit d’une recette réalisée sans intermédiaire, sur des produits dont une partie n’aurait pas été vendue autrement.
À lire À Berric, Symrise met en service sa nouvelle tour de déshydratation
Des vitres sur l’atelier : montrer la production #
Le choix d’aménagement le plus parlant tient à une paroi vitrée. Depuis la boutique, les clients voient les ateliers où sont fabriqués les chaussons. Le directeur du site l’explique à ici Périgord : l’idée est de proposer les produits à des tarifs d’usine, mais aussi de faire connaître la marque et d’accueillir du public. Il évoque une autre piste, le tourisme industriel, c’est-à-dire l’ouverture des ateliers à la visite.
Ouvrir l’atelier au regard extérieur a des conséquences très concrètes sur l’organisation. Les postes visibles doivent rester rangés, les circulations dégagées, les règles de sécurité lisibles pour quelqu’un qui ne connaît pas le métier. Cette exigence peut tirer l’ensemble de l’atelier vers le haut, un peu comme une démarche 5S dont le public serait l’auditeur permanent.
Il y a aussi un effet sur les équipes. Voir des clients repartir avec une paire fabriquée quelques mètres plus loin donne un sens immédiat au travail. Dans un secteur où recruter et transmettre les gestes reste difficile, cette reconnaissance compte.
Ce qu’un atelier peut en retenir #
Le cas de Nantheuil ne se transpose pas tel quel à toutes les usines. Un sous-traitant de pièces mécaniques n’a pas de clientèle grand public à accueillir. Mais pour les fabricants de biens de consommation, et notamment ceux qui travaillent le textile, le cuir ou le bois, le schéma mérite d’être étudié de près.
À lire Minth ouvre à Lillers une usine de pièces plastiques dans un ancien entrepôt Lidl
Avant de se lancer, plusieurs questions de production se posent. Combien de seconds choix sort-on vraiment par semaine, et sont-ils triés de façon homogène ? Qui gère le réassort de la boutique sans perturber le planning de l’atelier ? Quelle partie de l’atelier peut être montrée sans risque pour les visiteurs ni gêne pour les opérateurs ? Enfin, le flux de clients est-il compatible avec les accès logistiques, camions et quais compris ?
Chez Fargeot, la réponse semble pour l’instant positive. Un couple de clients interrogé par ici Périgord raconte qu’il achetait autrefois ses charentaises sur un marché voisin, avant que la vente ne s’arrête. Ils ont désormais l’usine à portée de route.
Un savoir-faire à pérenniser #
Le titre choisi par Dordogne Libre parle de « pérenniser un savoir-faire ». C’est sans doute le vrai sujet. Un atelier de vingt personnes dépend de gestes qui ne s’apprennent qu’au poste, au fil des mois. Rendre ce travail visible, vendre directement ce qu’il produit, y compris ses imperfections, et faire venir le public sur place : ce sont trois manières de garder la production locale vivante, et de la rendre un peu moins fragile.




