C’est un chantier discret mais stratégique qui arrive à son terme dans le Morbihan. À Berric, entre Vannes et Questembert, le groupe allemand Symrise vient de mettre en service les nouvelles installations de sa filiale SPI (Société de protéines industrielles), au terme de travaux engagés à l’automne 2024. Un investissement de 27,5 millions d’euros qui illustre la manière dont un site agroalimentaire de taille moyenne peut monter en gamme sans déménager, en repensant son outil de production autour d’un équipement clé.
Plan de l'article
Une tour de déshydratation de 30 mètres au cœur du projet #
Le projet, annoncé lors du sommet Choose France, a été détaillé par Le Journal des entreprises : l’extension porte sur 1 000 à 1 500 m² supplémentaires, greffés sur un ensemble industriel qui en compte déjà 15 000. La pièce maîtresse est une tour de déshydratation de 30 mètres de haut, fonctionnant par séchage par atomisation.
Le principe de l’atomisation est bien connu des industriels de l’ingrédient : le produit liquide est pulvérisé en fines gouttelettes dans un flux d’air chaud, ce qui permet d’obtenir une poudre aux caractéristiques très régulières, tout en préservant les qualités organoleptiques de la matière première. Pour SPI, qui transforme des carcasses de poulet issues de la découpe en concentrés, poudres et pâtes, ce nouvel équipement doit permettre de produire des poudres de poulet aux profils gustatifs complémentaires de la gamme existante, et d’augmenter les volumes.
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Des ingrédients carnés pour les bouillons, soupes et plats préparés
Les débouchés de l’usine morbihannaise parlent à tous ceux qui fréquentent les rayons de l’agroalimentaire : bouillons, sauces, soupes, plats préparés, mais aussi compléments alimentaires à base de collagène. Un positionnement sur la valorisation de coproduits de la filière avicole qui s’inscrit dans la logique du groupe Diana Food, la branche ingrédients naturels de Symrise à laquelle SPI est rattachée.
Le site emploie aujourd’hui 130 salariés, et le projet doit s’accompagner d’une vingtaine de créations d’emplois. Dans un bassin rural comme celui de Questembert-Berric, c’est loin d’être anecdotique.
Un calendrier tenu, de l’annonce à la mise en service #
Côté planning, le dossier a suivi son cours sans dérapage majeur : travaux engagés en octobre 2024, achèvement programmé à l’été 2026, et lancement des premières poudres de poulet issues du nouvel outil annoncé par le groupe lui-même, qui situait la mise en route de la tour de séchage à la mi-2026 ; fin octobre, la presse économique signalait le démarrage des nouvelles installations morbihannaises. Pour un projet industriel de cette ampleur, avec une tour de séchage à ériger au milieu d’un site en exploitation, tenir un calendrier de moins de deux ans entre le premier coup de pelle et la production reste une performance de conduite de projet.
C’est aussi un cas d’école en gestion de production : l’extension a dû être menée sans interrompre l’activité existante, les lignes historiques continuant d’alimenter les clients pendant que la nouvelle unité sortait de terre. Ce type de chantier impose un phasage serré des flux, des utilités et des contrôles qualité, avec des périodes de qualification où ancien et nouvel outil tournent en parallèle.
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La France, terrain d’investissement pour Symrise
L’enveloppe de Berric s’inscrit dans un plan plus large : comme le rappelait la brève du Journal des entreprises publiée au moment de Choose France, le groupe a annoncé plus de 37 millions d’euros d’investissements en France pour 2026. Un signal notable de la part d’un acteur mondial des arômes et parfums, dont les arbitrages d’implantation se jouent entre de nombreux pays.
Pour la filière agroalimentaire bretonne, ce choix confirme une tendance de fond : les sites qui tirent leur épingle du jeu sont ceux qui investissent dans la transformation à plus forte valeur ajoutée. Déshydrater, concentrer, formuler : c’est précisément ce que permet la nouvelle tour de Berric, là où la simple découpe ou le négoce de matière première restent soumis à une concurrence féroce sur les coûts.
Ce que ce chantier dit des usines de taille intermédiaire #
Au-delà du cas Symrise, l’opération de Berric offre plusieurs enseignements aux responsables de production. D’abord, la montée en gamme passe souvent par un équipement structurant unique plutôt que par une multiplication de petites lignes : la tour d’atomisation concentre l’essentiel de la valeur ajoutée du projet. Ensuite, l’ancrage territorial compte : les carcasses de poulet transformées à Berric viennent de la découpe régionale, et la proximité de la ressource réduit les coûts logistiques comme l’empreinte carbone du transport.
Enfin, le volet humain ne se résume pas aux vingt embauches annoncées. Une unité de séchage par atomisation exige des conducteurs de ligne formés à des procédés thermiques sensibles, où la régularité du produit fini dépend du pilotage fin des températures et des débits. La réussite de la montée en cadence, dans les prochains mois, se jouera autant dans les compétences des équipes que dans la mécanique de la tour neuve.
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Rendez-vous est pris : avec son outil modernisé, le site morbihannais devra démontrer que les nouvelles poudres trouvent leur marché auprès des industriels de la soupe, de la sauce et du plat préparé — un secteur où la demande d’ingrédients naturels et traçables ne faiblit pas.




