Carrelets en bois : Proxilam prépare à Pont-d’Ain une usine pour relocaliser la production

Dans la menuiserie industrielle, le carrelet est une pièce discrète. Ce bloc de bois aboutouté et lamellé-collé est pourtant la matière première de toute fenêtre et de toute porte en bois. En France, il vient surtout de l’étranger. Un projet annoncé fin octobre dans l’Ain veut changer une partie de cette équation : Proxilam prépare à Pont-d’Ain une usine dédiée à sa fabrication, avec un investissement industriel de plus de 17 millions d’euros.

Un site de production pensé pour la menuiserie #

D’après Fordaq, qui détaille le projet le 29 octobre, l’usine est portée par Norbert Héritier et Noureddine Madani. Le montant de plus de 17 millions d’euros est avancé par UI Investissement, qui compte Proxilam parmi ses investissements de 2026.

Le site réunira toute la chaîne sous un même toit. On y trouvera le stockage des sciages, le séchage, l’usinage de plusieurs essences, le collage, puis le stockage des produits finis. Les carrelets sortiront en multi-essences et seront destinés d’abord aux fabricants de menuiseries bois.

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À plein régime, l’usine pourrait produire jusqu’à 54 m³ de carrelets par jour. Une vingtaine d’emplois sont prévus à terme.

Pourquoi relocaliser une pièce aussi simple #

Le carrelet paraît simple, mais il ne pardonne rien. Une fenêtre bois exige des sections stables, sèches et sans défaut, qui ne travaillent pas une fois posées. C’est tout l’intérêt de l’aboutage et du lamellé-collé : on purge les nœuds et les défauts du bois brut, puis on recompose une pièce homogène. L’opération demande des séchoirs bien pilotés, des lignes d’aboutage et de collage, et un contrôle constant de l’humidité.

Ce savoir-faire existe en France, mais à petite échelle. Le Dauphiné Libéré, repris par Titres Presse, rappelle que la France importe 70 % de ces pièces, pourtant indispensables à la menuiserie bois. Le quotidien parle d’une « usine 4.0 » : des investisseurs de l’Ain veulent produire de très gros volumes avec des machines de dernière génération, en valorisant le bois local.

L’ambition affichée dépasse le marché régional. L’Usine Nouvelle titre que l’entreprise vise 10 % de parts de marché en France avec cette menuiserie industrielle proche de Lyon.

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Un tour de table bouclé à la mi-octobre #

Le volet financier a été rendu public par CFNEWS le 28 octobre. L’opération de capital-développement est datée du 14 octobre 2026, et le média spécialisé indique que le site doit générer 10 millions d’euros de chiffre d’affaires à terme. Il replace aussi le projet dans un mouvement plus large : depuis le Covid puis la guerre en Ukraine, la souveraineté sur les matériaux de construction est devenue un sujet à part entière.

Ce que le projet dit de la production en France #

Pour un responsable de production, l’intérêt du dossier tient moins au montant qu’au modèle. Le projet intègre en amont le séchage et l’usinage, des étapes que beaucoup de menuisiers achètent aujourd’hui toutes faites sous forme de carrelets importés. Remettre ces opérations en France, c’est raccourcir la chaîne d’approvisionnement. C’est aussi rapprocher le contrôle qualité du client final.

Pour les fabricants de fenêtres, un fournisseur national peut changer plusieurs paramètres de gestion de production :

Les délais et les stocks

Un carrelet importé arrive par lots, avec des délais de transport à anticiper. Les menuisiers constituent alors des stocks de sécurité, qui mobilisent de la trésorerie et de la surface. Avec une source plus proche, on peut réapprovisionner plus souvent, en plus petites quantités, et calquer les achats sur le carnet de commandes réel.

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La traçabilité de la matière

Le projet mise sur la ressource forestière nationale. Pour les menuisiers qui répondent à des marchés où l’origine du bois compte, une matière tracée de la scierie à la pièce collée devient un argument commercial, et plus seulement une contrainte administrative.

La dépendance aux aléas extérieurs

Fret, change, tensions sur une essence : une filière qui dépend surtout des importations encaisse chaque secousse. Une capacité locale ne supprime pas ces risques, mais elle donne une solution de repli aux ateliers qui en manquaient.

Les points à suivre #

Plusieurs questions restent ouvertes dans les informations publiées à ce stade. Les sources consultées ne précisent pas les essences retenues : un lecteur de Fordaq pose d’ailleurs la question sous l’article, sans réponse. Le calendrier exact de montée en cadence n’est pas non plus détaillé dans les sources accessibles. Enfin, il faudra voir si la production locale reste compétitive face aux importations, sur un produit où le prix au mètre cube pèse lourd dans la décision d’achat.

Une chose est sûre : avec une capacité annoncée de 54 m³ par jour et une vingtaine de postes, Pont-d’Ain n’aura rien d’un atelier artisanal. C’est un vrai site de transformation, qui parie sur un maillon que la filière bois française avait largement laissé partir. Les fabricants de menuiseries de la région Auvergne-Rhône-Alpes seront les premiers à pouvoir juger, sur pièce, si le pari tient.

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