L’industrie manufacturière française a de nouveau basculé en zone de contraction en octobre. L’indice PMI publié le 2 novembre par S&P Global s’établit à 49,5, contre 50,6 en septembre, d’après la dépêche AFP reprise par Boursorama. Un indice sous 50 signale un recul de l’activité. Le chiffre est légèrement meilleur que le consensus des économistes, qui attendaient 49,3, selon Cercle Finance.
Derrière ce chiffre global, l’enquête décrit une situation que beaucoup de responsables d’atelier reconnaîtront : moins de commandes, des achats plus chers et des fournisseurs plus lents. Voici ce que contient l’enquête, et ce que cela change concrètement pour piloter une production.
Plan de l'article
Ce que dit l’enquête d’octobre #
Le PMI est construit à partir des réponses des directeurs d’achat d’un panel d’entreprises industrielles. Il ne mesure pas un volume de production, mais la proportion d’entreprises qui constatent une hausse ou une baisse sur plusieurs postes. C’est un indicateur avancé, publié en tout début de mois, bien avant les statistiques officielles de production.
À lire Altho Brets à Noyal-Pontivy : ce que la nouvelle usine de chips dit de la montée en capacité
En octobre, presque tous les voyants sont orientés à la baisse :
La production recule, après deux mois de hausse.
Les nouvelles commandes enregistrent leur plus forte baisse depuis juillet 2025.
L’emploi se contracte au rythme le plus marqué depuis mai, et les stocks diminuent, tout comme les achats.
À lire Boeing : la montée en cadence du 737 coûte cher, ce que révèle le troisième trimestre
Les prix repartent en hausse : l’inflation des coûts d’achat atteint un plus haut de quatre mois, et les prix de vente augmentent le plus fortement depuis mai.
Les délais de livraison des fournisseurs s’allongent dans des proportions inédites depuis juin.
Enfin, les perspectives d’activité à douze mois se dégradent et tombent à leur plus bas niveau depuis un an, selon Cercle Finance. Joe Hayes, économiste chez S&P Global Market Intelligence, résume : « Le secteur manufacturier français peine à retrouver le chemin d’une croissance durable ».
Une combinaison délicate pour la gestion de production #
Une baisse de la demande seule est un problème de charge. Une hausse des coûts seule est un problème de marge. Ce qui rend octobre plus difficile à gérer, c’est l’association des deux, avec en plus des délais fournisseurs qui s’allongent. Dans un atelier, ces trois signaux tirent dans des directions opposées.
À lire Conjoncture industrielle : une production qui tient malgré des carnets de commandes inégaux
Moins de commandes, mais des approvisionnements plus lents
Le réflexe naturel face à un carnet qui s’allège est de réduire les stocks de matières pour libérer de la trésorerie. C’est d’ailleurs ce que font les entreprises interrogées, puisque les stocks reculent. Mais si les fournisseurs livrent plus tard, couper trop fort les stocks de sécurité expose à des ruptures sur les commandes qui arrivent malgré tout. L’enjeu est de distinguer les références : réduire sur les composants standard faciles à trouver, protéger les pièces à long délai ou à source unique.
Recalculer les délais dans l’ERP
Quand les délais fournisseurs bougent, les paramètres de planification deviennent faux sans que personne ne s’en aperçoive. Un délai d’approvisionnement saisi il y a un an dans l’ERP ou la GPAO continue de piloter le calcul des besoins. Comparer les délais réellement constatés sur les dernières réceptions avec ceux paramétrés permet de corriger les dates de lancement et d’éviter de promettre aux clients des dates intenables.
Ajuster la capacité sans casser l’outil
Avec moins de commandes, la tentation est de réduire les équipes. Le PMI montre que c’est déjà en cours, l’emploi reculant nettement. Pour un responsable de production, l’alternative consiste à utiliser les périodes de sous-charge pour ce qui est difficile à caser en pleine activité : maintenance préventive, changements de série travaillés en SMED, formation croisée des opérateurs sur plusieurs postes. Ces chantiers coûtent peu et rendent l’atelier plus réactif quand la demande repart.
Répercuter la hausse des coûts #
La hausse simultanée des prix d’achat et des prix de vente montre que les industriels tentent de répercuter leurs surcoûts. Dans un marché où les commandes reculent, c’est un exercice délicat. Côté production, cela plaide pour un suivi plus fin du coût de revient par référence : savoir quels produits absorbent le plus la hausse des matières permet de cibler les renégociations ou les ajustements tarifaires, plutôt que d’appliquer une hausse uniforme.
À lire Stellantis à l’arrêt dans quatre usines françaises : batteries, fin de série et stocks
Un indicateur à suivre, pas à surinterpréter #
Un seul mois de PMI ne fait pas une tendance. L’indice repose sur des déclarations et peut varier fortement d’un mois sur l’autre : il était encore au-dessus de 50 en septembre. Il donne surtout une direction. Les chiffres officiels de la production industrielle, publiés plus tard par l’Insee, permettront de vérifier si le recul décrit par les entreprises se traduit dans les volumes.
Pour un atelier, la leçon pratique est de surveiller les mêmes signaux en interne : prises de commandes hebdomadaires, délais réels de réception, évolution du prix des principales matières. Ce sont eux qui disent, avant toute statistique nationale, s’il faut ajuster le plan de production.




