Une ligne de friture déjà en service, une deuxième prévue dans le même bâtiment, un entrepôt automatisé en chantier et des postes répétitifs remplacés par des machines : la nouvelle usine d’Altho, le fabricant des chips Brets, à Noyal-Pontivy (Morbihan), est un bon cas d’école de dimensionnement industriel. Terre-net est revenu cette semaine en détail sur ce site, baptisé NP2 et inauguré le 17 septembre. Voici ce que le projet dit de la façon dont un industriel de l’agroalimentaire organise sa montée en capacité.
Plan de l'article
Une usine pensée pour deux lignes dès le départ #
D’après le reportage publié par Terre-net, le bâtiment NP2 couvre 22 300 m² sur un terrain de 36 000 m², en face du premier site de Noyal-Pontivy. Il abrite une ligne de friture en fonctionnement depuis le 15 avril et il est déjà dimensionné pour accueillir une seconde ligne.
Ce choix est classique mais coûteux à court terme : on construit plus grand que le besoin immédiat pour éviter, quelques années plus tard, un nouveau chantier, de nouvelles procédures et un arrêt de production pour raccorder une extension. La ligne actuelle transforme 12 tonnes de pommes de terre à l’heure. Laurent Cavard, directeur général de Brets, a parlé lors de l’inauguration d’« un gain net de capacité de production de plus de 15 000 t de chips par an ».
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Un investissement de 98 millions d’euros
Le projet a demandé 98 millions d’euros, auxquels s’ajoutent 47 millions d’euros pour l’entrepôt automatisé, selon Terre-net. Breizh-info précise que le chantier lui-même a duré 18 mois, pour un projet lancé dès 2021 : le reste du délai a été absorbé par les recours, les procédures administratives et les fouilles archéologiques. Un rappel utile pour tout industriel qui planifie une extension : le calendrier administratif pèse souvent plus lourd que le temps de construction.
L’automatisation comme réponse au manque de main-d’œuvre #
Le site se distingue par son niveau d’automatisation. Selon Breizh-info, les postes les plus répétitifs ont disparu : la mise en carton des sachets, mais aussi la retaille manuelle des pommes de terre, un travail tenu jusqu’ici huit heures durant. Le bassin de Pontivy-Loudéac connaît un chômage compris entre 3 et 4 %, ce qui rend ces postes difficiles à pourvoir.
Le contrôle qualité est l’exemple le plus parlant. Une caméra couplée à des lames robotisées détecte les défauts après le pelage et retire jusqu’à un demi-centimètre sur le pourtour du tubercule. On enlève ainsi seulement la partie abîmée au lieu d’écarter la pomme de terre entière, ce qui améliore le rendement matière.
Moins de postes répétitifs, pas moins d’emplois
L’automatisation ne s’est pas traduite par une baisse d’effectif. Toujours selon Breizh-info, l’entreprise compte 589 salariés en CDI, a recruté 50 personnes pour la nouvelle usine et prévoit d’en embaucher 40 de plus. Le pari porte sur la montée en compétence des équipes vers la conduite et la maintenance des équipements automatisés.
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La logistique, l’autre goulot d’étranglement #
Augmenter la capacité de production ne sert à rien si le stockage et l’expédition ne suivent pas. Altho construit un entrepôt à grande vitesse de 13 000 m² et 38 mètres de haut, commun à ses deux sites bretons. D’après Terre-net, il pourra accueillir 64 000 palettes, soit 15 jours de stock quand NP2 tournera à pleine puissance. Sa mise en route est espérée pour 2028.
L’objectif est de réduire le recours aux sept sites de stockage extérieurs utilisés aujourd’hui, et donc les navettes de camions entre l’usine et ces entrepôts. Pour un produit léger et volumineux comme la chips, le coût logistique par tonne est élevé : regrouper le stock au plus près des lignes est un levier direct sur les coûts.
L’eau, contrainte de production #
Le printemps et l’été 2026 ont rappelé une autre limite. Breizh-info rapporte que la sécheresse et la crise de l’eau sur le territoire de Pontivy communauté ont contraint l’industriel à des arrêts de production. La fabrication de chips consomme environ 8 m³ d’eau par tonne produite, selon le même média.
Sur les 98 millions d’euros investis, 15 millions ont été consacrés à l’eau, avec une station d’épuration doublée et un système de réutilisation des eaux usées traitées. Terre-net indique que ce projet de repotabilisation devrait être en service début 2027 et que l’eau est déjà filtrée et réutilisée quatre fois dans le circuit industriel. Pour un site de production, la disponibilité de l’eau devient ainsi un paramètre de capacité au même titre que les machines.
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Un marché qui justifie la capacité #
Reste la question du débouché. D’après les données Nielsen citées par Terre-net, Brets détenait de janvier au 6 septembre 2026 une part de marché en volume de 24,7 %, avec 16 700 tonnes vendues, en hausse de 21 % sur un an. Les marques de distributeurs, dont Altho fabrique aussi une partie, pèsent 36,5 %, et Lay’s 24,1 %. Selon Breizh-info, la nouvelle capacité doit notamment permettre de revenir sur le marché des marques de distributeurs, délaissé faute de volume, et de pousser l’export.
Le cas NP2 résume bien les arbitrages d’une montée en cadence : surdimensionner le bâtiment pour la ligne suivante, automatiser les tâches que plus personne ne veut faire, traiter la logistique en même temps que la production et sécuriser les ressources dont dépend l’usine, à commencer par l’eau.




